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Invit'à lire du samedi 4 avril 2009

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Tags: Invit'à lire
à 11h00, en section adulte

 

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Lune captive dans un œil mort / Pascal Garnier, Zulma, 2008

Martial et Odette, retraités, ont quitté la région parisienne pour s'installer dans le sud de la France. Ils ont acheté, grâce au bagout d'un agent immobilier, une maison dans une résidence sécurisée « Les Conviviales » avec grilles, caméras, gardien. Bref, une surveillance garantie et optimale. D'abord, seuls occupants, ils voient bientôt arriver un autre couple et une femme célibataire. Qui est-elle ? Pourquoi est-elle seule ? Les commentaires vont bon train. Pour meubler les journées, ils s'invitent les uns chez les autres, organisent des activités au Club House avec Nadine, l'animatrice qui fume des pétards et semble revenue de tout. La vie s'organise comme des vacances sans fin. Jusqu'au jour, où des gitans s'installent et campent devant Les Conviviales. La peur de l'autre les envahit insidieusement, la parano les gagne et bientôt le paradis vire au cauchemar.

Avec une ironie grinçante, un humour noir implacable, Pascal Garnier révèle les failles et les manques de chacun, les frustrations et les secrets enfouis. La vie dans un « ghetto », aussi luxueux soit-il, exclut la relation à l'autre, pourtant vitale, et révèle nos névroses et nos bassesses. La fin du roman est macabre à souhait. Un régal.

Nathalie, secteur adulte

 

Le voyage dans le passé / Stefan Zweig, Grasset, 2008

Ecrite en 1929, cette nouvelle était restée inédite en France.

Louis, issu d'un milieu très pauvre se bat pour s'affranchir de sa misère en travaillant d'arrache-pied. Jusqu'au jour où il est engagé comme secrétaire particulier d'un riche industriel. Le jeune homme accomplit sa tâche avec brio et son patron veut l'envoyer au Mexique afin de gérer ses affaires. Pour Louis, c'est la consécration, reconnaissance professionnelle, aisance matérielle. Mais, Louis réalise soudain que partir c'est se séparer de la femme de son patron qu'il aime éperdument en secret. Une dynamique affective s'enclenche qu'il lui fait comprendre qu'il est aimé en retour. Au Mexique Louis s'enivre de travail, consumé par l'amour et ne vit qu'à travers une correspondance passionnée qu'il entretient avec cette femme. Mais la 1ere guerre mondiale éclate et Louis reste 9 ans au Mexique. Après guerre, il retourne en Autriche et revoit comme il se l'était promis, la femme aimée. L'amour survivra-il au temps ? Résistera -t-il à tout ?

On retrouve ici les thèmes chers à Zweig : la passion, le dévouement,le traumatisme de la guerre. Un roman tout en finesse, car Zweig a l'art de suggérer dans un geste, un regard les tourments intérieurs, les abîmes de l'inconscient. Il brosse aussi un beau portrait de femme, généreuse, désirante, aimante mais prisonnière de ses engagements.

Nathalie, secteur adulte

 

Julius Winsome / Gerard Donovan, Le Seuil, 2008

Julius Winsome vit seul dans un chalet au coeur de la forêt du Maine. Il vit dans le souvenir attendri d'un père aimant qui lui a légué plus de 3000 livres, garde précieusement un Lee-Enfield, fusil rapporté par son grand-père dont il se servait durant la 1ere Guerre Mondiale. Ces 2 hommes lui ont transmis la non-violence comme principe de vie. Julius ne chasse pas, il respecte trop la nature. Son seul compagnon, c'est Hobbes, un chien qu'il a adopté dans un refuge. Sa vie bascule, le jour où Hobbes est tué par des chasseurs. Dès lors, cet homme doux, amoureux de la langue de Shakeaspare ne va avoir de cesse de venger Hobbes et est entraîné dans une folie meurtrière.

Ecrit dans un style très puissant et poétique, ce récit d'amour et de vengeance est à l'image du paysage, âpre, froid et cinglant. Hymne à la nature, au paysage sauvage, Juluis Winsome incarne peut-être la « sauvagerie » qui est en nous lorsque nous nous trouvons amputés de ce que nous chérissons.

Nathalie, secteur adulte

 

Daniel Stein, interprète/Ludmila Oulitskaïa, Gallimard, 2008

A la frontière entre roman et biographie, l'auteure nous emmène à la rencontre d'un personnage hors du commun, le père Daniel Stein, qui a réellement existé. Né en 1922 en Pologne, de père allemand et de mère polonaise, Daniel Stein, qui est juif, échappe à la déportation en se cachant dans une cave. Grâce à la connaissance de plusieurs langues (polonais, allemand), il est engagé comme interprète d'abord par la police biélorusse puis par la Gestapo. Il profite de sa situation pour informer les juifs du ghetto d'Emsk en Biélorussie de la prochaine rafle sauvant ainsi de nombreuses familles. Bientôt démasqué, il réussit à s'enfuir et se cache durant 15 mois dans un couvent. Il se convertit au catholicisme et migre en Israël où il devient moine carmélite à la tête d'une communauté à Haïfa. Il meurt en Israël en 1998.

Ludmila Oulitskaïa a travaillé 14 ans pour écrire ce livre extraordinaire. Elle a rassemblé témoignages, coupures de presse, archives pour rédiger ce qu »elle appelle non pas un roman mais un collage. « Je découpe avec des ciseaux des petits morceaux de ma vie et de celle des autres, je colle sans colle une histoire vivante sur les lambeaux des jours » Car dans ce livre foisonnant elle met en scène toute une foule de personnages que rien ne semble rapprocher mais qui ont tous un lien avec le père Daniel. Qu'il s'agisse du journal intime d'un grand chirurgien juif polonais émigré à Boston, des enquêtes du KGB sous Brejnev, des cours d'un grand savant israélien sur Saint-Paul, d'une rescapée de la Shoah persécutée par sa mère, d'une allemande qui rongée par la culpabilité de son peuple travaillera au côté du père Stein...
Enfin ce livre époustouflant dont la toile de fond est la destruction des juifs d'Europe et la naissance d'Israël est un livre qui dénonce les fanatismes religieux et qui met aussi en lumière la pureté de la foi quand elle est vécu sans dogmatisme et qu ‘elle prône l'œcuménisme comme le père Daniel. Lumineux et brillant

Nathalie, secteur adulte

 

L'homme qui marchait sur la lune de Howard McCord, Gallmeister 2008 (Nature writing)

Un homme, William Gasper, marche sur la lune, une montagne quelque part dans l'état du Nevada, aux Etats-Unis. Marcher en solitaire est une chose que cet homme aime. Tout en marchant sur la lune, cet homme nous livre ses pensées, et pas à pas, son passé.

Mais, à mesure que Gasper nous confie ses souvenirs, on se rend vite compte qu'il n'est pas un homme ordinaire mais qu'il a exercé pendant vingt ans une activité vraiment hors du commun. Désirant la paix, Gasper s'est réfugié dans ce trou perdu espérant se faire oublier mais bientôt, il réalise qu'il n'est plus seul sur sa montagne et qu'un homme armé le traque. Commence alors pour lui un jeu du chat et de la souris dont il connaît toutes les ficelles. Il retrouve tous les réflexes de la survie et use de toute sa science et de sa ruse afin de tenter d'échapper encore une fois à la mort.

Cette lecture est tout simplement passionnante ! L'écriture de McCord est puissante, d'une poésie et d'une beauté à couper le souffle. C'est un hymne à la nature sauvage et à la survie de l'homme.

Extrait :
"Ces pensées ne me plaisaient pas, car je connais ma propre obsession pour la liberté et ne voyais pas en vertu de quoi je pouvais envisager de la dénier à quiconque n'entraverait pas la mienne. Une certaine dose de contradiction intime n'a rien d'anormal, car nous sommes tous tiraillés entre des facettes incompatibles du bien. Ma vie intérieure est aride et parcimonieuse. Je suis, pour autant que je le sache, le dernier de ma race. Ma famille s'est éteinte et je gagnerai moi-même l'oubli le temps venu. Je n'ai de relation intime avec personne et je suis aussi seul et libre qu'il soit possible de l'être dans ce monde."

Nathalie, secteur adulte

 

 

"Appelez-moi par mon prénom", Nina Bouraoui,  Stock

Dans une librairie en Suisse, une romancière rencontre l'un de ses lecteurs, un jeune homme de 16 ans son cadet qui lui remet une lettre dans laquelle il lui explique comment ses romans l'ont aidé à vivre. Il lui donne également une vidéo inspirée par son oeuvre. Commence alors une longue correspondance par mail entre la narratrice parisienne et son lecteur suisse.
Elle compose une écriture classique, tenue, fluide, précise, teintée d'une douce nostalgie : celle du moment fugace et intense qui marque le début d'une passion.
Elle y dépeint l'obsession amoureuse, l'attente, les mots de l'Autre, l'imaginaire qui s'emballe sur des photographies sur Internet, les fantasmes et puis enfin la réalité des corps... C'est un roman qui se lit d'un seul souffle ou Nina Bouraoui réussit à faire de cette histoire envoûtante un roman intime et universel à la fois. Romantique et optimiste !

"C'est un livre étrange comme s'il revisitait tous les autres. Pour moi, un livre n'annule pas le précédent, mais le recouvre. C'est un peu comme une échelle montant vers le ciel, un édifice amoureux..." a-t-elle commenté au Monde, avant d'ajouter : "Je voudrais que ce soit un livre pour les amoureux et pour tous ceux qui ont perdu la foi en l'amour.

Au final, Nina Bouraoui s'attaque à l'un des grand tabou de la littérature : un auteur doit-il laisser son lecteur entrer dans sa vie ?

Extrait choisi : (le moment des retrouvailles physiques) :
"Mon coeur prenait toute la place, modulant ses pulsations au fur et à mesure du temps qui passait. Il arrivait par la rue d'Assas, après avoir longé les grilles derrières lesquelles je me tenais. Je comprenais qu'il m'avait observée - me servant de mon téléphone, recoiffant mes cheveux, ajustant mes lunettes, fouillant mon sac à main sans raison. Il avait capturé mes gestes que je nommais les gestes d'occupation. Je n'en éprouvais aucune honte. Je quittais ma chaise, allais à sa rencontre. Il marchait lentement, comme un loup. Je glissais sur la rampe qui avait acheminé nos messages. J'avais l'idée d'avancer vers mon avenir. Je cherchais ses yeux comme il cherchait les miens, encore cachés. Le bruit de la ville faisait place au silence de nos peaux qui allaient se reconnaître par instinct. Les arbres semblaient retenir le soleil, le sol, se tacheter de petites ombres mobiles.
Au loin, les cris des enfants qui jouaient, comme les cris des oiseaux au-dessus de la mer, glissant dans le sens du vent vers une contrée lointaine. Je prenais conscience de mon corps et du sien, matérialisant les songes de mon hiver. Je ne pensais ni à Lausanne ni à notre soir à la librairie. Nos mots avaient inventé une autre histoire.
J'aimais l'idée de ne plus pouvoir lui échapper, de m'en remettre à ses choix - m'accepter ou me refuser. Je voulais lui plaire.
Il avait écrit un matin - Embrassez-moi dés le premier jour-, je n'osais m'exécuter brûlée par sa beauté que je découvrais une seconde fois. Il me serrait contre lui, évitant un baiser maladroit. Nous étions peau contre peau, sans langage, terrifiés et heureux par la découverte de ce que nous étions vraiment."

"prendre le temps" de détailler et par là-même de retenir les fugaces instants de la naissance d'un amour cela m'a plut.

Christine, secteur adultes



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